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Les d'Urfé et leur blason

Les d'Urfé et leur blason


« De vair au chef de gueules » est la description du blason de la famille d'Urfé. Qui était cette famille ? En quoi a-t-elle participé à l'écriture de l'histoire du Forez et quelle est la signification de leur blason ? Pour répondre à toutes ces interrogations, il faudra d'abord revenir sur le passé de cette famille, puis étudier le rôle du blason avant de comprendre pourquoi le choix du « vair au chef de gueules ».


I) Une famille...


La famille d'Urfé est une famille de seigneurs qui a laissé de nombreux témoignages de sa puissance. Le château des Cornes d'Urfé à Champoly construit entre le XIIe et le XVIe siècle mais aussi la Bâtie d'Urfé à Saint-Etienne-le-Molard érigée entre le XIIIe et le XVIe siècle. En plus des châteaux, quelles actions les d'Urfé ont réalisé tant à l'échelle locale que nationale ?

La famille d'Urfé est originaire de Champoly. Son ascension sociale s'effectue dans le contexte médiévale des rivalités entre grands seigneurs. En effet le seigneur de Beaujeu (possesseur approximativement de l'actuel Beaujolais au Nord de Lyon) qui voulait surveiller son ennemi le comte du Forez décida de construire sur les hauteurs de Champoly une tour en 1130 car à 927 mètres d'altitude, il pouvait surveiller le Forez-Roannais, le Bourbonnais et l'Auvergne. Il décida de confier la garde de cet édifice à la famille des Raybe d'Urfé. Ces derniers changèrent de camps pour reconnaître définitivement comme leur supérieur le comte du Forez en 1234. Leur fonction devînt caduque en 1247 lorsqu'un mariage fut célébré entre les comtes du Forez et les seigneurs de Beaujeu.


Reconstitution du château des Cornes d'Urfé au Moyen Âge. Dessin d'Antoine Bonin, extrait de l'ouvrage de Jean Canard Champoly Urfé



En conséquence la famille d'Urfé s'installa dans le château de la Bâtie d'Urfé qui offre plus de confort et des températures plus clémentes.




La Bâtie d'Urfé et ses jardins à la française. Source : https://www.parcsetjardins.fr/jardins/473-chateau-et-jardins-de-la-batie-d-urfe


Nous aurions pu penser que l'ascension sociale de cette famille s'arrêterait là mais au XVe siècle par ses talents diplomatiques et politiques, Pierre d'Urfé se met au service des grands seigneurs du royaume tel que les ducs de Normandie, de Bourgogne, de Bretagne et de Bourbon (approximativement l'actuelle Allier) qui est le beau-frère du roi Charles VIII. Son fils Claude d'Urfé parvient à devenir un intime du roi François Ier qu'il accompagne pendant les guerres d'Italie. Il devient le gouverneur du Forez en 1535. Il en profite pour transformer la Bâtie d'Urfé en l'actuel château Renaissance.



Claude d'Urfé (1501-1558). Portrait de Jean Clouet.


Son petit-fils, Honoré d'Urfé (1567-1625) reste célèbre pour avoir écrit l'Astrée, une œuvre de 5399 pages qui raconte l'histoire d'amour tumultueuse entre le berger Céladon et la bergère Astrée.




Le frère d'Honoré, Anne, resta dans la postérité locale car il est mort en 1621 à Saint-Just-en-Chevalet et son cœur repose dans la chapelle de la commune. La famille s'est éteinte avec Joseph-Marie d'Urfé qui est mort en 1724 sans descendance.


II) … et un blason...


Comme toutes les familles nobles, les d'Urfé avaient un blason, mais quel était son utilité ?

Le blason est né d'un problème qui s'est posé sur le champ de bataille lorsque les combattants du Moyen Âge étaient protégés par une amure et un casque. Avant l'an mil, cette difficulté ne se posait pas car l'envahisseur venu de loin (Vikings, Arabes, Francs, Huns...) étaient reconnaissables grâce à un habillement et des armes différentes. Tout se corse lorsque Guillaume le Conquérant combat à Hastings en 1066 les troupes de Harold au sujet d'une querelle dynastique pour obtenir l'Angleterre. En effet il est difficile de reconnaître l'ennemi lorsqu'il combat avec les mêmes armes et les mêmes vêtements. Les décorations sur les boucliers existent depuis l'Antiquité mais elles sont changeantes et sans règles précises pour pouvoir identifier quelqu'un. Les cris de guerres sont censés faire la distinction mais ils sont couverts par le bruit des armes et les hurlements de douleur des blessés. Le chef a un gonfanon (un tissu) sur sa lance mais souvent ce dernier est déchiré ou couvert de sang, ce qui rend son identification difficile. A un moment, ne voyant plus leur chef, les hommes de Guillaumes décident de fuir le combat. Ce dernier est obligé de prendre le risque de retirer son casque pour être visible. Après cette bataille, les chevaliers qui partent en Croisade en 1095 pour libérer Jérusalem, lieu du tombeau du Christ, prise par les Arabes, décident de coudre une croix rouge sur leur habit blanc.





Dessins des croisés avec la croix rouge sur leur habit blanc. Source : http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/Origine%20des%20blasons.pdf


Le problème est que les combattants sont d'origines différentes. Se méfiant que ceux qui ne parlent pas la même langue sont des ennemis déguisés, ils se combattent entre eux. C'est pourquoi chaque « nationalité » obtient une couleur de croix différente : rouge pour ceux qui parlent français, noire pour ceux qui parlent allemands, blanche sur fond rouge pour les Anglais. Pour se distinguer davantage, certains vont ajouter des aigles ou des lions. En Europe, les rivalités seigneuriales qui apparaissent également au XIe siècles engendrent également des difficultés pour distinguer ami et ennemis. C'est pourquoi certaines ferrures des boucliers (les barres de fer) sont peintes et d'autres non comme par exemple un trait verticale ou une croix.


Vers le XIe siècle, les ferrures des boucliers sont peintes pour distinguer ses amis de ses ennemis. Source : http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/Origine%20des%20blasons.pdf



Les blasons sont devenus plus précis lors des tournois. Afin de distinguer deux chevaliers qui parlent une même langue, des dessins et des couleurs sont mis sur l'écu (le bouclier) puis sur le surcot (le vêtement qu'on enfilait sur la côte de mailles), l'étendard, le caparaçon et le chanfrein (vêtements du cheval).



Par la suite le blason fut également représenté sur les livres, les sceaux (symbole inscrit dans la cire pour informer sur l'expéditeur d'une lettre), les portes afin de montrer à qui appartiennent les biens. Réservé aux nobles jusqu'au XIIIe siècle, il est ensuite utilisé par les villes, certains bourgeois et même des paysans. Il faut rappeler qu'à cette époque l'illetrisme est important et le blason est une carte d'identité plus efficace que l'écriture.





III) … « de vair au chef de gueules »


Le blason de la famille d'Urfé est nommé « de vair au chef de gueules » mais pourquoi ont-ils fait ce choix ?




La partie de cet article est la moins documentée et elle ne s'appuie que sur des supposition bâties à partir de mes lectures et de mes connaissances. Pour débuter sur des éléments certains, comme nous l'avons vu précédemment, les premiers blasons étaient très sommaires : certaines ferrures étaient peintes pour faire apparaître des formes géométriques. De plus avant d'être dessinées, les formes du blasons étaient cousues sur le vêtement du combattant comme la croix pour les croisés. Le vair provient d'un assemblage de la fourrure de l'écureuil petit gris. Le gris est fait avec son dos et le blanc avec son ventre. Les hauts dignitaires pouvaient porter ce type de fourrure.



La fourrure de vair obtenue par l'assemblage des dos et des ventres de l'écureuil petit-gris. Source : Wikipedia


Du coup il est possible de penser que les d'Urfé l'ont portée puis l'ont mise sur la moitié inférieure de leur blason et ont peint la ferrure supérieure (le haut appelé le chef) de gueules, c'est-à-dire en rouge. Chaque couleur avait une symbolique et le rouge incarnait la force et le courage.


Conclusion :


Originaire de Champoly, la famille d'Urfé s'est mise au service des puissants locaux ce qui lui a permis une ascension sociale jusqu'à côtoyer les rois de France. Malgré cela elle est restée attachée au Forez. La forteresse des Cornes d'Urfé fut habitée jusqu'au XVIe siècle, Claude d'Urfé a insufflé à la Bâtie d'Urfé l'architecture italienne. L'Astrée, fiction écrite par Honoré d'Urfé se passe non loin de la Bâtie. Anne d'Urfé consacra la fin de sa vie à la religoon catholique dans sa terre de Saint-Just-en-Chevalet où son cœur repose. Comme d'autres grandes familles, les d'Urfés ont ressenti le besoin de pouvoir être reconnaissables en ayant leur propre blason. De vair au chef de gueules est sa description. Ce choix ne fut pas documenté mais il est possible de penser qu'ils voulaient faire apparaître leur haut rang et leur caractère courageux. Cela reste mes suppositions et toutes informations à ce sujet sont les bienvenues.


Sources :


  • wikipédia : Famille d'Urfé

  • Jacqueline Bayon (sous la dir.), Les Urfé en Forez : une famille, des destins : actes du colloque des 18-19-20 septembre 2002 à Saint-Étienne, Publications de l'université de Saint-Étienne, 2004, 263 p. (ISBN 978-2-86272-279-5)

  • Jean Canard (1914-1984), Urfé : hier et aujourd'hui, histoire et histoires, Saint-Alban-les-Eaux, 1973, 158 p..

  • « La Bastie d'Urfé en Forez » [archive] (consulté le 27 septembre 2020)

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/Origine%20des%20blasons.pdf




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