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Il y a 100 ans comment décrivait-on notre territoire aux touristes ?


Il y a 100 ans, qu’y avait-il à voir dans le Roannais ?


Voici les premières lignes du guide touristique des années 1920 :


« Lecteur, voici notre pays. Nous l'aimons et nous souhaitons qu'il te plaise : il le mérite.

Donne-lui, au passage, quelque attention et tu t'arrêteras. L'ayant vu une fois, tu reviendras — la chose est sûre. Le Roannais, en effet, peut aussi bien charmer le touriste que retenir l'archéologue. Ses richesses sont nombreuses, mais il faut les trouver. Discret, secret même, notre pays ne se livre que peu à peu. Mais alors, à ses amis, il apparaît dans tout son charme prenant et divers, dans sa beauté harmonieuse.

C'est pour t'aider, lecteur, à le découvrir plus vile, à devenir de ses amis — et des nôtres — que nous voudrions en quelques mots, te le présenter, te dire quel est son genre de beauté.

Son genre de beauté est de réunir tous les genres. La France est le pays le plus divers qui soit, et de là lui vient une supériorité dans la grâce et la séduction, qui ne lui sera pas enlevée. Pour tout homme de goût, la France est toujours ce que nous avons de mieux dans le monde.

Or, dans ce pays merveilleusement divers, le pays le plus divers est le Roannais. On dirait d'une France en résumé, en petit. Cela, déjà, n'est-il pas charmant ? Et si visible que tous ceux qui depuis d'Urfé ont écrit sur notre Roannais l'ont observé, mais non pas, je pense, avec cette précision... On croit faire un grand éloge d'une région à la mode, en disant qu'elle est une petite Suisse. Hé! le Roannais n'est qu'une petite France; on fait ce qu'on peut...

Mais une petite France, il l'est bien. Il l'est admirablement. En un bref espace, on rencontre, dans notre petite patrie comme dans la grande, tous les aspects de la nature : montagne et plaine, bois, forêts, pâturages, bords d'eau, eau courante, eaux calmes, eaux qui dorment. Et dans cette variété, quelle variété !

Ainsi la Loire. La Loire torrentueuse et romantique que Noirot décrit si bien et peint encore mieux, la Loire des gorges et des rapides finit tout juste à Roanne. Et dès Roanne, une autre Loire commence, qui s'attarde, onduleuse et belle, devant de larges paysages.

Et la montagne roannaise ? M. Bouttet, encore qu'il connaisse bien sa Madeleine, comme on l'a dit d'un autre, n'en pouvait pas détailler, dans son étude si conscien-cieuse, tous les sites et toutes les vues. Hauts plateaux mélancoliques, sous-bois exquis, sous-bois adorables des vastes hêtrées, combes endormies dans le grand silence, ruisseaux moussus où les fougères trempent leurs chevelures, mystérieuses solitudes, coins de fraîcheur, cimes superbes - elle a tous les attraits possibles, la Madeleine. Elle a davantage : comme elle est la fin des montagnes, elle a l'air le plus vif, le meilleur, le plus sain qui soit.

Et notre Côte ? Que de joyaux elle cache dans ses vallons ombreux, que de jolis tableaux elle étale sur ses croupes ensoleillées ! Saint-Alban, Saint-André, Boisy, Saint-Haon, Ambierle, Crozet...

Et ailleurs donc ? Quand je pense que nous ne faisons que citer des noms comme Perreux, Lay, le Cergne, Villerest, Vernay, Urfé, l'Aubépin, Contenson, Genétines, etc... Nous consacrons quinze lignes à la Bénissons-Dieu et trente à Charlieu. Et à lui seul Charlieu illustrerait une province.

Mais le Roannais est mieux qu'une province. Il est, juste au coeur de la France, le point où se rencontrent et se fondent plusieurs provinces. Aux portes de l'Auvergne, le Roannais est déjà le Charolais, le Brionnais, le Beaujolais et le Lyonnais, et il est toujours, et profondément, le Forez.

En outre sa situation géographique, à la porte des riches plaines qui, vers le Nord, bordent la Loire; au défilé des vallées qui permettent l'accès d'une part vers la Madeleine et le Massif Central, d'autre part vers les Monts du Lyonnais et la vallée du Rhône, a fait de notre pays, dès les âges préhistoriques, un lieu d'échange et de transition.

De là, sans aucun doute, vient le caractère de notre race : ne nous étonnant point des nouveautés, habiles à comprendre les idées d'autrui, nous sommes cependant — et la contradiction n'est qu'apparente — méfiants et, comme notre pays lui–même, secrets... Avant de donner notre amitié, nous aimons savoir à qui nous avons affaire, mais alors nous la donnons bien et l'on peut nous faire confiance comme à de braves gens.

De braves gens — et des gens braves : on le vit bien à la guerre. Sans forfanterie, mais sans faiblesse, grognards parfois, courageux et dévoués toujours, nos poilus « tinrent ». La Croix de guerre de notre régiment territorial, le 104ème ; la fourragère jaune de notre régiment actif, le 98ème ; la Légion d'honneur de notre régiment de réserve, le 298ème ; disent les vertus de nos soldats.

Lecteur, passant dans nos campagnes, tu verras en maints endroits, gravés dans un granit fruste, mais qui dure autant que la Terre, les noms de nos héros. Ce granit est l'image de notre race : rude, mais solide. »

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