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Témoignage poignant de Mme Ballutaud sur les événements du 10 août 1944 à Renaison

L’une des cérémonies les plus émouvantes.

Le 10 août 1944, à 5 heures du matin, les troupes allemandes fortement armées encerclèrent le village. A la demande du Capitaine Bergmann, tous les hommes de 17 à 35 ans furent rassemblés sur la place du village. Au cours de la journée, des maisons et des bâtiments furent perquisitionnés, pillés et brûlés. A 19h30, les Allemands quittèrent le village et emmenèrent 28 otages. L'un d'entre eux, Louis Chambonnière, fut assassiné et ne revint jamais de cet enfer.

Voici le témoignage de Madame Ballutaud, la soeur de Louis Chambonnière.

"Je suis Michelle, la sœur de Louis CHAMBONNIERE pris en otage à 7 heures du matin à La Poste de Renaison, son lieu de travail et déporté le soir vers 20 heures avec 27 autres hommes en direction de la prison Mont Luc à Lyon.

Le 13 août direction l’Allemagne mais Louis n’a jamais atteint cette destination car il a été assassiné en gare de Chalon-sur-Saône le 13 août 1944 par la milice à l’âge de 18 ans.

Ce 10 août la terre avait cessé de tourner : Maman m’appelle à environ 6 heures du matin (j’avais 11 ans) et me dit « lève toi vite les boches ont envahi le village ». La peur nous gagne et ne cessera d’avancer dans nos corps et nos cœurs. Nous avons vécu une journée mémorable et interminable.

Tous les hommes de 17 à 77 ans étaient parqués sur l’ancienne place du Monument aux Morts sous la coupe des Allemands puissamment armés. Ils sont restés ainsi sous un soleil de plomb toute la journée jusqu’au soir.

A ce moment nous ne connaissions pas la tragédie d’Oradour-sur-Glane (10 juin 1944) car Renaison devait subir le même sort. C’est Monsieur Stéphane BERTAUD Maire du Village qui nous a sauvés en proposant de donner sa vie. (voir suite page suivante)

Nous étions dans l’inquiétude et nous avons eu la visite de la Croix Rouge qui a donné un biscuit de soldat à tous les enfants que je gardais et ceci pour toute la journée.

Mon pauvre grand-père Michel GIRARD 75 ans chez lequel nous vivions depuis le décès de mon Père en 1933 était complètement perdu. Il avait créé le magasin de journaux (librairie, papeterie, bibliothèque) Rue des Ecoles et l’exploitait avec Maman. Le village était en feu. Les Allemands étaient saouls et frappaient les femmes qui passaient à leur portée (Maman en a fait les frais). Une ferme a été brûlée et la femme violée.

Il reste encore pas mal de survivants qui pourraient témoigner comme moi. Que pensez-vous de ce qui reste toute une vie dans une tête d’enfant de 11 ans quand on voit ce que les soldats combattants ont subi et cela pour toute une vie. J’ai rendu hommage à mon frère par une plaque à son nom près de notre lieu d’habitation de l’époque, action soutenue par Messieurs Paul CHARLES et Claude VINDRIER tous deux déportés avec mon frère. Ne les oublions pas. »

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