Alice Arteil, une Saint Juraude au destin d’exception

06/06/2018

Alice Arteil, et son groupe franc.​

 

 

En mai dernier, ou nous avons célébré la fin des combats de la seconde guerre mondiale dans notre canton, il est nécessaire de ne pas oublier ceux qui volontairement et à leur risque et péril, se sont battu contre le totalitarisme, notamment en participant ou en soutenant les divers mouvements de résistance. Le rôle des femmes dans la résistance, fut très important, et nombreuses d’entre elles, y jouèrent un rôle très actif. Ce fut le cas d’Alice Arteil, habitante de Saint Just en Chevalet.

 

Alice Poyet est née le 16 juin 1912, à Saint-Romain-d’Urfé. En 1936, elle épouse Raymond Arteil, commerçant de tissus à Saint-Just-en-Chevalet. Le couple a une petite fille en 1940, année où Raymond, mobilisé, participe à la campagne de France avec son régiment d’artillerie. D’abord sans nouvelles de son mari, porté disparu au cours des combats, elle apprend finalement en 1941 qu’il est prisonnier. Elle se lance alors dans la lutte contre les nazis en diffusant tracts et journaux clandestins. Personne ne la contactant, elle met sur pied seule de petits groupes de résistants.

 

Elle est finalement contactée par le mouvement de résistance « Franc-tireur ». Sa mission est de protéger et de recueillir les chefs militaires recherchés par la Gestapo et la milice, ainsi que de recevoir et de mettre en lieu sûr les parachutages. En effet, les monts de la madeleine, ne manquent pas de caches et leur relatif isolement est propice à l’action clandestine, tout en restant à proximité des villes de Roanne et Vichy.

 

Résistante franc-tireur en 1942, elle entre dans la clandestinité et prend la tête du maquis de Lavoine, fort d’une cinquantaine d’hommes. Elle parcourt infatigablement la Loire et l’Allier durant tout l’hiver 1943, tant pour échapper à la Gestapo, qui a eu vent de ses agissements, que pour nouer des contacts pour l’organisation du maquis. Fin novembre 1943, sa section fusionne avec les Francs-Tireurs Partisans français (FTPF), bras armée de la résistance communiste.

 

À la demande des Mouvements unis de résistance (MUR), elle organise le groupe franc Alice devant être mis à la disposition du groupement Roussel de l’organisation de résistance de l’armée (ORA). En janvier 1944, elle dispose de sept volontaires : Jean Carrier, Louis Pers, Louis Groslier, Louis Brandon (qui deviendra colonel), Jean-Marie Carrier puis René Ehrard et Joannès Bardet. Joseph Ronckar et Joseph Besch les rejoignent plus tard. Lucien Rideau assure le ravitaillement et les liaisons entre les groupes disséminés dans la Montagne bourbonnaise. Ce petit groupe, plus mobile et plus discret qu’un important maquis, organise de nombreuses opérations de sabotage, dont les plus remarquables sont le déraillement d'un train blindé à Paray-le-Monial, la destruction d'une voie ferrée entre Roanne et Lapalisse, la destruction de câbles téléphoniques et l'attaque d'une cinquantaine de soldats allemands près du village de Decize.

 

En juin 1944, son grade de lieutenant est officialisé par Londres. L'annonce de débarquements (Normandie en juin et Provence en août) marque le début de la lutte à visage découvert. Avec sa section, Alice Arteil participe à la libération des boucles du Doubs, puis à celles de Valentigney et de Montbéliard.

Elle se fait remarquer pour ses qualités de chef et sa capacité d'adaptation aux contraintes de l'instant. Sa volonté, également, force l'admiration de ses camarades de combat.


L'automne 1944 est l'époque de "l'amalgame" entre l'armée régulière et les troupes formées par les maquis. Le lieutenant Arteil est ses hommes sont donc incorporés au 152e R.I., le régiment des "Diables Rouges", l'un des plus prestigieux de l'armée française. Elle y conserve son grade et son commandement, puis est affectée à l'état-major régimentaire. Avec le 15-2, elle termine la campagne d'Alsace, franchit le Rhin en avril 1945 et se trouve à Singen à la fin de la guerre. C'est là qu'elle est démobilisée.

De retour à Saint-Just-en-Chevalet, elle y retrouve son mari, qui vient d'être libéré par les troupes russes. Ensemble, après avoir vécu deux odyssées très différentes l'une de l'autre, ils reprennent le fil d'une vie civile interrompue cinq années plus tôt.

 

Pour son engagement et les différents combats qu’elle a menés, Alice Arteil fut décorée de la Légion d’honneur, titulaire de la croix du combattant volontaire de la Résistance, de la croix de guerre avec palme, de la croix du combattant volontaire 39-45, de la croix d’honneur franco-britannique avec rosette, de la médaille de la Résistance du Luxembourg et de la croix du commandeur de l’étoile de la résistance franco-belge.

 

Elle est décédée à Saint Just en Chevalet en octobre 1995. Une stèle lui rend hommage sur la commune d’Arfeuilles.

 

Pour rendre hommage à la résistance, rendez vous le troisième dimanche de juillet, au gué de la chaux.

 

Alice Arteil entourée de Roger Meunier, maire de Saint Just en Chevalet, et d’un ancien combattant de 14-18, lors d’une cérémonie en 1973 (photo du Progrès)

 

 

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