"Histoires roannaises : Mon grand-père « Gargouère » - une journée à la campagne"

17/02/2017

Chaque voisin bénéficiait d’un sobriquet, dans ce coin reculé, jouxtant l’Allier et l’Auvergne, quatre, cinq maisons se dressaient entre étables et tas de fumier.

 

Vers les cinq heures, l’odeur de café montait entre les lames du parquet ainsi que le bruit des sabots de mes grands parents.

 

Toujours la même fréquence radio sur ce vieux poste à ampoule. Le générique annonçant le journal est restée gravée dans ma mémoire et cette mélodie me replonge à son écoute dans ce monde rural où les amplitudes de travail ne correspondaient pas à l’enrichissement personnel mais à une liberté retrouvée d’après guerre.

 

La corvée première était de curer « l’écurie » à la brouette en bois, le son mélancolique du grincement régulier et criant de sa roue, nous réveillait doucement de cette délicieuse nuit, passée sous un énorme édredon de plumes.

 

La traite des sept vaches alignées devant la crèche remplie de foin, se faisait en silence, les giclées cadencées du lait dans le seau étaient régulières tel un tempo donnant le rythme à cette journée.

Nous ne savions pas ce qu’était le lait demi-écrémé ou totalement écrémé, c'est-à-dire vidé de sa substance et de son odeur. Nous, c’était le lait bourru encore tiède sorti directement des pies de nos vaches et marquant nos lèvres d’une moustache blanche.

 

Vers 9 heures ma grand-mère servait la soupe à mon grand père, toujours silencieux et calme, cet homme trapu avait un passé qu’il taisait, des souvenirs qu’il ne pouvait extraire de sa mémoire d’ancien poilu. On lui avait ôté plus de quatre années de vie, sans aucune reconnaissance.

 

Aujourd’hui de voir ces médailles ‘d’honneur’ distribuées à tout va et surtout à une ‘élite’ parisienne hétéroclite me fait comprendre la rancœur qu’ont pu avoir ces hommes sacrifiés pour l’histoire.

 

Notre corvée à nous était simple et agréable, nous allions accompagnés de notre chien de berger et d’un morceau de chocolat dans nos poches, garder les vaches dans des prés non clos, parsemés de genets or reflétant le soleil du printemps.

 

Son chapeau sur la tête, mon grand père vaquait à ces occupations, il donnait à manger aux bêtes, préparait les outils puis il allait puiser de l’eau au puit du village. Ces deux seaux en main il traversait lentement « le vernois » en mastiquant et crachant son tabac. Midi approchait, sur le coin du poêle à bois une casserole mijotait depuis le matin dégageant des odeurs inimitables de cette cuisine simple mais gourmande.

Mémé Jeanne ne jetait pas les restes mais elle les retravaillait savamment, transformant viande en tourte, vieux fromage en gâteau, fruits talés en coupe. Dix minutes de sieste et il retournait au labeur, aiguiser la faux pour couper un peu de foin, retaper la cabane « coin toilette » au fond du jardin, appointant les piquets …etc.

 

Le « Quatre heures » était une institution, une table recouverte de jambon ou de pâté que nous tartinions sur un énorme morceau de pain couronne, du beurre frais parsemé de copeaux de chocolat, du fromage et de la confiture. Un buffet gourmand d’autrefois sans fioritures mais avec ses saveurs du produit maison.

 

Puis mes grands-parents repartaient chacun de leur coté, travailler. Vers 20 h c’était la soupe de légumes ou de vermicelles sur laquelle on avait le droit à un filet de vin rouge, radio RTL, les informations puis extinction des feux vers 21 h 30 mn.

 

Voilà une journée normale dans un petit village de France

PAT. 14 février 2017

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